Nourdine Elhaj Ammar
Président de l’ODTI · une vie d’engagement et de fraternité
Né le 14 avril 2006 dans l’après-midi à l’hôpital de Grenoble. Discrètement, sans tapage, mais efficacement, il a été de tous les combats visant l’amélioration des conditions de vie et de travail des habitants à Grenoble et partout en France.
Arrivé à Grenoble en 1967 pour faire ses études, il s’engage dès cette époque dans l’action. Il a été des premiers combats à Très-Cloîtres et dans le quartier de Grenoble pour que des conditions de vie décentes soient octroyées à tous les immigrés Italiens, Espagnols, Portugais, Algériens, d’Afrique noire… afin qu’ils bénéficient des mêmes droits que les Français. Militant à l’ADEFA (Association de coopération franco-algérienne), devenue AUF puis secrétaire général de l’AMADE, il est syndiqué (CFDT) et siège à la commission confédérale chargée des immigrés.
Il est à l’origine de la création de l’ODTI (Office des travailleurs immigrés), qui lutte contre les discriminations et les préjugés racistes, et qui a travaillé de longues années. Militant de cette association, puis salarié en qualité de comptable, il en est l’organisateur, l’inventeur, le fin moteur et l’inspirateur de cet organisme qui aura été jusqu’à maintenant un lieu d’innovations sociales et culturelles.
En 1973, avec Jean Vial, ils réorganisent totalement l’ODTI autour de la thématique de l’accès au droit et de la lutte contre le logement insalubre et les garnis. Il a en quelque sorte été l’inventeur de nombreuses réponses innovantes en matière de logement (notamment la famille d’accueil). Il participe très activement à la construction du foyer de la rue Très-Cloîtres et à la mise en place de services spécialisés (bibliothèque, groupe de théâtre, accueil, documentation, etc.) : Fatao, Yves Bonguicourt et tant d’autres.
En 1980, il rejoint la Régie Foncière et Immobilière de la Ville de Grenoble, chargée de la gestion du patrimoine ancien du centre-ville de Grenoble. Il s’occupe alors de la restauration des immeubles insalubres dans lesquels vivent nombre d’immigrés. Il intègre l’OPALE en 1982 (ACTIS ultérieurement), qu’il quittera en 1985, victime du climat politique de l’époque, pour s’installer comme profession libérale. Il milite alors pour la création d’organismes visant à permettre le logement des plus démunis (CHRS) et d’outils permettant de renforcer les solidarités entre les populations de diverses origines.
Malade, opéré, il vit depuis 1994 avec une greffe très handicapante.
À la retraite, installé à Champ-sur-Drac, il se consacrait depuis à de multiples activités associatives et tout particulièrement à la réconciliation entre Palestiniens et Israéliens au sein du Mouvement la Paix Maintenant. Il nous envoyait pratiquement chaque jour des informations sur la situation au Moyen-Orient qu’il glanait à de multiples sources.
L’ODTI, la ville de Grenoble et toutes les organisations se doivent de saluer comme il convient son action au service de l’être et du vivre ensemble, ici à Grenoble et partout dans le monde.
« Le bruit ne fait pas de bien, le bien ne fait pas de bruit. »
— adage qui le caractérisait
C’était un homme d’une immense qualité et d’une très grande discrétion. Sa disparition est une grande perte.
Nous avons perdu une personne de bien. Nous avons perdu plus qu’un ami, un frère et un exemple de citoyenneté, un symbole de cette région grenobloise, ville d’humanité et de tolérance.
Hommage — engagement sans bruit, héritage lumineux.